« 4 octobre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 7-8], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7992, page consultée le 01 mai 2026.
4 octobre [1841], lundi matin, 9 h. ½
Bonjour méchant homme, bonjour affreux menteur, bonjour vilain homme, bonjour. Je
vous aime et j’enrage. TAISEZ-VOUS.
Je me suis couchée à une heure du matin et,
toute la nuit, j’ai été réveillée par le bruit de la sonnette de la porte et à chaque
fois avec l’espoir et le désappointement de vous voir et de ne pas vous voir. Ce
bruit, ces allées et venues, c’était tout bonnement un homme qui se mouraita de mort subite pendant laquelle on a
été chercherbsept médecinsc dont pas un seul n’était chez lui. Ceci n’est pas encourageant
pour les morts subites la nuit. Au reste, Suzanne prétend que le mort est bien mort mais la petite portière
affirme qu’il vit encore puisque le drap remue. Moi qui n’ai
jamais vu l’individu, je ne m’intéresse que médiocrement à sa mort ou sa
résurrectiond. Je laisse la
providence tout à fait libre à son égard, à moins qu’il ne laisse une pauvre femme
bien triste et bien malheureuse après lui.
D’un mort à un moribond, la
transition n’est pas trop brusque et je peux te dire que j’ai vu hier Lanvin plus pâle et plus accablé que jamais. Il
venait savoir l’heure à laquelle il fallait reconduire Claire, je lui ai dit ce soir à sept heures et demie1. Sa femme est toujours de plus en plus malade et
sa fille languit. Enfin, ce serait une bonne action et une acte de charité bien placé si tu pouvais
venir au secours de cette pauvre famille en faisant avoir une place par ton cousin
Trébuchet à ce pauvre Lanvin2. Malheureusement, tu n’as guère le temps de t’en occuper mais tu
tâcheras de trouver un moment pour cela, cela nous portera bonheur.
Autre chose
encore, le petit Pierceau a été malade et on
l’a couché jusqu’à dix heures sur mon canapé. J’ai eu en outre la visite de Mme Triger et de
son fils mais un quart d’heure seulement3. Et puis voilà
tout et je t’aime plus que jamais et je désire te voir de toute mon âme.
Juliette
1 Ce sont les Lanvin qui vont chercher Claire à son pensionnat de Saint-Mandé et la ramènent.
2 Depuis 1839, Lanvin était employé au Théâtre de la Renaissance. Or le théâtre a fermé ses portes le 23 mai 1841 et l’ami du couple se retrouve donc sans emploi.
3 En général, le dimanche soir, quelques amies de Juliette Drouet viennent dîner chez elle. Il s’agit surtout de Mme Triger, de Mme Guérard, de Mme Besancenot et de Mme Pierceau.
a « mourrait ».
b « cherché ».
c « médecin ».
d « rézurrection ».
e « une ».
« 4 octobre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16347, f. 9-10], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7992, page consultée le 01 mai 2026.
4 octobre [1841], lundi soir, 4 h. ½
Mon cher petit bien-aimé, est-ce que vous ne songez pas à revenir bientôt auprès de
moi ? Mon Toto chéri, est-ce que tu ne sens pas que ton absence m’est odieuse et
insupportable ? Je t’en prie, mon adoré petit homme, reviens bien vite, tout à l’heure
plutôt que ce soir, à présent plutôt que tout à l’heure. Je suis vraiment trop triste
et trop désœuvrée quand je te sens loin de moi, non par désœuvrement des pieds et
des
mains, car Dieu sait que je ne suis pas une minute sans rien faire, mais désœuvrement
de l’âme. Je ne sais pas vivre sans toi, tout m’ennuie et tout m’attriste. Claire s’en ira dans quelques heures, je serai donc
tout à fait seule comme un pauvre chien. Mon Toto bien-aimé, reviens bien vite, je
te
baiserai bien, je te caresserai bien, je t’adorerai bien.
Je n’ai pas copié
encore parce que la blanchisseuse d’une part, le nettoyagea à fond de l’autre, le paquet de
Claire à faire et mon train-train ordinaire, toutb cela ne m’a pas laissé un moment pour copier mais ce soir, dès que
ma fille sera partie, je m’y donnerai à cœur joie.
Mon Toto, tâche de venir bien
vite pour que je ne sois pas comme une pauvre femme abandonnée et à qui personne ne
pense et que personne n’aime. Je t’aime tant, moi, plus que ma vie. Ô oui, bien plus
que ma vie.
Juliette
a « nétoyage ».
b « tous ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
